Interview LIFENUM : Olivier Cavaillès et Jérôme Mogis sur le parrainage

Pouvez-vous nous raconter votre « rencontre » avec Initiative Sarthe, et ce qui vous a amené à ce parrainage ?

 

Jérôme Mogis : J’ai racheté une entreprise de nettoyage industriel (Atest propreté) labellisée en 1994 par Carrefour Entreprise Sarthe à l’époque, que j’ai rachetée en 2006. J’ai été ensuite sollicité pour participer aux jurys des comités Initiative et les présider régulièrement. Je suis parrain pour la troisième fois avec Lifenum, sur la ville de La Flèche qui fait partie de mon territoire ayant plusieurs entreprises en Sarthe. Je fais également partie du bureau de l’association Initiative Sarthe.

Olivier Cavaillès : Dans le cadre de la pépinière Cogito, on nous a exposé les outils Initiative Sarthe pour l’accompagnement des entreprises et nous avons rencontré Thomas Legay, chargé de mission. Lifenum est une entreprise de services du numérique, spécialisée dans les systèmes d’informations avec pour principale cible les PME.

Jérôme : C’est l’optimisation et la notion ergonomique des réseaux de communication, d’exploitation, de logicielles et autre…

Olivier : Il recomplexifie notre définition… rires…

 

Et votre rencontre entre parrain et filleul ?

 

Olivier : Je connaissais Jérôme sur notre bassin de vie, ce qui créé une connexion autre que professionnelle : on se croise… la richesse de son profil c’est de n’avoir pas de connaissance en engineering mais par contre bien connaître la notion de services. Il a permis de mieux valoriser notre savoir-faire et notre marketing pour se positionner efficacement sur le marché.

 

Comment s’est passé le début du parrainage ?

 

Jérôme : Il faut déjà éviter d’avoir la notion de jugement, il faut bien évidemment avoir un feeling, une logique de transparence et de confiance. Si tout le monde est sur la même longueur d’onde cela va se pérenniser, il ne faut pas avoir de réticence pour pouvoir avancer ensemble. La diversité filleul / parrain est importante pour déclencher une curiosité, faciliter les premiers entretiens par cette notion de découverte. Il faut ensuite bien comprendre le produit, ce qu’ils vendent et avec Lifenum ce n’était pas simple de tout de suite bien appréhender…

Olivier : rires

Jérôme : c’est un bon exercice pour l’entreprise de vulgariser son activité auprès du marché et mieux expliquer leurs services !

Olivier : Ce qui est agréable c’est l’ouverture, la patience, l’écoute de Jérôme. Au début d’un projet il y a toujours une fébrilité, et c’est agréable d’avoir en face une sorte de stabilité, d’engagement, s’apercevoir qu’il n’y a pas d’inquiétude. L’émotion est importante : rester tête froide, serein… Il ne faut pas que notre parrain soit plus inquiet ou excité que nous ! Il ne porte pas de jugement mais ne se projette pas non plus.

 

Est-ce que le parrainage vous a aidé au lancement, dans la construction de votre entreprise et la mise en application de votre projet qui avait été validé en comité ?

 

Olivier : On sait que dans le numérique il faut passer les cinq premières années pour gagner la confiance sur le territoire. On pourrait tout vendre…c’est une question de positionnement ! J’ai compris qu’il fallait que j’embauche des personnes en capacité de monter en compétences. Au départ, le passage du désert, c’est mieux de ne pas le passer tout seul ! Jérôme nous a accompagné en ce sens…

Jérôme : particulièrement dans votre domaine d’activité car la vente de vos produits ne ramène pas directement du chiffre d’affaire, il faut donc savoir être patient et analyser son marché. Quand certains mois il y a zéro de rentrée d’argent, cela peut être très angoissant. A contrario cela peut s’accélérer lorsque la fiabilité de l’entreprise sera prouvée par son existence de 3 à 5 ans déjà sur le territoire…

Olivier : Il faut toujours « être en capacité de ». On va par exemple s’installer dans de nouveaux locaux qui nous permettra d’accueillir une nouvelle équipe, de construire un réseau de partenaires numériques. Il faut pouvoir se faire épauler si on décroche un contrat dont on n’a pas toutes les cartes en main.

 

Qu’est-ce que le parrainage implique comme investissement ?

 

Jérôme : Comme je ne comprends pas toujours tout le langage utilisé par Olivier, cela lui impose de retravailler son approche, sa passion, et utiliser des termes plus faciles à comprendre pour les clients. Il faut parfois bousculer les cartes, les entreprises ne sont pas stéréotypées et il faut s’adapter constamment, trouver le bon équilibre entre son métier, son envie et la réalité des besoins des entreprises.

Olivier : On réarticule notre vision pour construire nos services et avoir le ressources face aux besoins des clients.

Nous avons une relation de confiance avec nos partenaires (comptables, banquiers), mais le regard extérieur de Jérôme nous permet d’avoir un avis « neutre ». Par exemple lors du choix de notre local nous lui avons fait visiter les lieux…

Jérôme : Par rapport à l’activité de Lifenum, mon rôle de parrainage se positionne plutôt sur la question marketing. La masse salariale étant pour l’instant peu volumineuse, ce n’est pas le recrutement ni l’aspect économique qui prédominent mais bien la vulgarisation de leur métier pour l’expliquer et trouver la clientèle. Comment vont-ils pouvoir vendre leurs services ? C’est le cœur de nos échanges du parrainage.

 

Vivre le développement d’une entreprise, qu’est-ce que cela procure ?

 

Jérôme : C’est génial ! Professionnellement c’est déjà ma façon de fonctionner : le développement de compétences, la reprise en interne de mes entreprises… c’est déjà dans ma nature. Le faire sans être associé c’est un autre exercice qui m’intéresse car on continue à apprendre, à progresser. Je ne suis pas coach ni formateur c’est une autre proposition, je suis dans un accompagnement pragmatique.

Olivier : Il est honnête, transparent, sincère, ce qui n’est pas toujours le cas des coachs (ni ce qu’on leur demande).

Jérôme : C’est le plaisir aussi de découvrir des métiers, des constructions, des développements d’entreprises. Bien sûr cela n’empêche pas non plus de préconiser nos filleuls, même si je ne le fais pas travailler en direct on construit aussi un réseau ensemble.

Olivier : Ce n’est pas le rôle du parrain d’être apporteur d’affaire. Mais en connaissance des expertises de notre entreprise il ne faut pas non plus s’empêcher d’utiliser le réseau. Par contre nous avons toujours été mis en concurrence pour l’obtention de marchés.

Jérôme : Il faut juste être vigilant, proposer une mise en relation saine. Je ne fais pas de privilège mais pas non plus d’interdiction. Soyons sains dans nos relations commerciales, humaines… Si cela n’avait pas fonctionné nous aurions dans le cadre du parrainage questionné les raisons du refus et analysé les échecs. C’est comme ça que je fonctionne dans mes entreprises aussi.

 

Comment vous organisez votre parrainage ?

 

Olivier : On a constaté un cycle de 6 mois dans notre travail avec les clients, on se croise souvent et on travaille ensemble tous les trimestres environ dans notre pépinière Cogito.

Jérôme : Je suis plutôt fervent de venir dans les entreprises pour « sentir les choses ». J’ai besoin de m’imprégner de l’ambiance et de l’univers de travail.

 

Quels sont les points de vigilance soulevés par le parrain ?

 

Jérôme : Il ne faut surtout ne pas s’isoler, avoir le réflexe de se poser les questions et d’aller chercher les réponses. Il faut se tourner vers son parrain mais aussi vers les experts. Il n’y a pas de questions bêtes, il ne faut jamais rester sans réponse.

Olivier : Dans notre métier, il faut rester en veille sur notre activité mais aussi sur tout ce qui se passe sur le territoire. C’est une démarche que nous avons instaurée au quotidien dans l’entreprise.

Jérôme : La difficulté c’est l’isolement et de ne pas savoir s’entourer. Refuser le parrainage (au sens large) c’est se mettre en danger. Il faut avoir la capacité d’aller chercher l’expertise et la compétence ailleurs et garder la notion d’ouverture.

Olivier : J’ai déjà aussi débriefé de façon informelle avec Thomas (ndlr chargé de mission IS) par rapport à mon projet lorsque je le rencontre sur le réseau. Pour moi j’ai un engagement envers Initiative Sarthe et mon parrain, de faire en sorte que ça fonctionne.

 

Comment imaginez-vous votre engagement après la pérennisation de votre entreprise ?

 

Olivier : J’ai un copain qui a des difficultés dans un métier d’artisanat, j’ai envie plus tard de réinjecter dans la vie économique locale. Je pense que dans plusieurs années je terminerai la boucle dans laquelle j’ai été intégrée. À noter par exemple que je ne suis plus adhérent aux clubs d’entreprises qui je pense sont moins attentifs à nos vies d’entreprises… je trouve ça dommageable !

Jérôme : Oui mais justement Initiative Sarthe est un vrai accompagnement et pas un club d’entreprises. Ce n’est pas le lieu des rencontres business mais utile pour construire et développer ta boutique. Il ne faut pas mélanger les outils et le temps qu’on y consacre en fonction de ses priorités.

 

Quelle philosophie vous donneriez au parrainage ?

 

Jérôme : Il faut savoir donner pour recevoir. L’un comme l’autre, cela doit marcher dans les deux sens.

Olivier : Donner sans attendre de recevoir.

Jérôme : Si on est dans l’attente, on n’a pas la bonne philosophie. Il faut se libérer et échanger librement. Donner du temps, donner de l’écoute. Aujourd’hui on se perd dans les multiples sollicitations, il faut savoir revenir aux fondamentaux : la gestion de clientèle par exemple pour les entreprises.

Olivier : On s’est bien trouvés sur les valeurs, notamment parce que dans le numérique on se remet toujours en question, on apprend toujours car tout est en constante évolution.

 

 

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