Formation. Les "serious games" au service des entreprises

Ouest France, 20 novembre 2017


En marge du salon du jeu vidéo étaient présentées, vendredi soir, à divers chefs d’entreprises les vertus des « serious games », ces jeux virtuels qui permettent de se former en s’amusant. Reportage à La Flêche.


« Le point de départ de notre initiative, c'est que nous croyons que la mémoire humaine est stimulée par les émotions. On se souvient d'un moment heureux, ou malheureux, ou de stress, ou d'euphorie, mais pas des moments calmes, plats. »Frédéric Kuntzmann est cofondateur de l'entreprise My-Serious-Game, basée à Tours. Vendredi soir, il est intervenu au complexe sportif de la Monnerie, en amont du salon du jeu vidéo, pour expliquer à des entrepreneurs locaux les vertus du serious game. Mais c'est quoi, un serious game ?« J'appelle cela des aventures pédagogiques. Grâce à la digitalisation et à l'essor du numérique, nous créons des jeux de rôle, comme des jeux vidéo, destinés à former des salariés. » Sa boîte a déjà travaillé avec la SNCF, où des agents pouvaient se mettre en simulation de situation de crise pour apprendre à gérer les règles de sécurité aux abords des trains, ou encore avec Bouygues, et même avec le ministère de l'Intérieur.


« Mais des PME peuvent aussi avoir recours à nos services, car les coûts baissent d'année en année, et ce qui était très cher il y a cinq ou six ans est abordable aujourd'hui. »


En tout et pour tout, la réalisation du jeu pour la SNCF a coûté 22 000 €. « C'est très ludique, il y a un système de récompense, de compétition parfois, comme dans tous les jeux, qui est gratifiant et permet d'assimiler plus vite. »


Interactivité


L'aspect ludique, c'est ce que retient aussi Hervé Fontaineau, conseiller en gestion de patrimoine chez Allianz, qui possède une agence à La Flèche. L'entreprise, géant des assurances, a recours aux serious games depuis 2013.La dernière version du logiciel en accès libre pour ses conseillers simule un rendez-vous avec des clients, où le professionnel doit mener à terme sa transaction. « Il y a une vraie interactivité, explique-t-il, avec des parties vidéos, et des questions à choix multiples sur la façon dont nous décidons de mener l'entretien. Ce qui est bluffant, ce que nous voyons véritablement réagir les personnages sur l'écran, selon nos mots ou nos propositions. C'est devenu très réaliste. »


Intelligence artificielle


« C'est très pratique pour se former, il n'y a plus vraiment de différence avec les situations réelles », raconte Charline Cavailles, elle-même ancienne conseillère en gestion de patrimoine à Allianz, et aujourd'hui ingénieur d'affaires au sein de la société fléchoise LifeNum. « Au début, les premières tentatives consistaient en un Powerpoint un peu amélioré, mais maintenant, nous entrons vraiment dans la situation, comme personnage à part entière. »À Allianz, le jeu développé dure une quarantaine de minutes, avec un score attribué à la fin, qu'il faut bien sûr chercher à améliorer. « Il y a toujours un débriefing humain ensuite », précise Hervé Fontaineau. De plus en plus d'entreprises semblent avoir recours à ces outils, comme Laurent Desmares, gérant de Desmares expertise, à La Flèche.Le serious game n'en est pourtant encore qu'à ses débuts, et pourraient bien, selon Frédéric Kuntzmann, un jour concurrencer l'humain en tant que tel. « Le développement rapide de l'intelligence artificielle fait, qu'aujourd'hui, des jeux s'adaptent au fur et à mesure au joueur, en changeant l'ordre des questions, les graphismes, son ergonomie, pour correspondre au plus près à la personne, comme un professeur s'adapte face aux réactions de ses élèves. » Mais ces innovations restent encore chères, selon lui, et peu accessibles. Pour combien de temps ?